CAN 2017 : Quand supporter devient un outil d’identification raciale

Il y a quelques jours, au Gabon, se terminait la CAN 2017, un formidable événement pour toutes celles et ceux ayant un ballon à la place du cerveau… Euh non ! Je veux dire un cœur qui bat au rythme du ballon 😉
Bref, lorsque la CAN ne se passe pas chez vous, plutôt que de rester seul ou avec des amis bien au chaud dans le salon à déguster quelques sodas et à faire s’affaisser encore plus votre sofa, mieux vaut sortir et profiter de l’ambiance.
Cela vous épargnera les regards consternants du reste de la famille qui n’a que faire du foot et qui, grâce à vous, rate une énième fois le même feuilleton diffusé depuis une éternité et dans lequel José ne cesse de répéter en boucle « Maria, t’es ma dulcinée !».
Alors à cause de tous ces problèmes et pas seulement, j’ai décidé de sortir de la maison et de rejoindre un club de supporters afin de regarder jouer mes équipes favorites.

Du darwinisme des fans

Au début tout était normal. Par « normal » je veux dire que l’on n’observait pas une différenciation basée sur la couleur de la peau entre supporters des équipes maghrébines et celles des équipes subsahariennes. En effet, lors des matchs de poule, c’était surtout la qualité du jeu que développait une équipe qui était la source des rugissements des fans. Mais petit à petit, les rangs se resserrent car des équipes sont éliminées, dans le dernier carré, toutes sont désormais « noires », sauf l’Égypte. Au fur et à mesure que les Lions, les Éléphants et autres mascottes regagnaient les placards, je sentais les fans évoluer vers d’autres valeurs cette fois-ci moins fair-play. Plus ont s’approchait de la finale, plus les clubs de fans se radicalisaient.

Le Niger, à l’instar des autres pays d’Afrique, est une mosaïque culturelle et ethnique. Ce pays compte aussi parmi sa population beaucoup de touaregs et un certain nombre d’arabes qui sont de race blanche. Mais ici, en plus de la plaisanterie à parenté, toutes les ethnies et les races sont tellement métissées qu’il est quasiment impossible de crier au racisme. Dans ce pays, on a absolument le droit, voire même l’obligation, d’utiliser un humour souvent très décalé à l’endroit d’une ethnie ou d’une race. Les gens se moquent régulièrement les uns des autres sans crainte de représailles.
Le Niger n’a connu que deux participations à la CAN. Donc chaque fois qu’il y en a une, les nigériens ont tendance à supporter les équipes suivant des critères de proximité géographique. Le critère de sélection par la couleur intervient dès lors qu’il n’y a aucune équipe d’Afrique noire géographiquement ou culturellement plus proche.

Alors le jour du match Égypte-Burkina Faso, je m’étais rendu chez mon coiffeur, je ne voulais pas trop de bruit, étant un peu malade. Chez lui l’ambiance y est excellente et relativement soft.
Mais dès mon entrée dans son salon, alors qu’il était en train de coiffer un touareg, il m’a hurlé :

Mon ami, aujourd’hui se sont les noirs contre les blancs !

La suite, je ne vous la raconte pas puisque l’Égypte a gagné aux tirs au but. Les deux touaregs de la salle se sont aussitôt levés tandis que l’autre lançait un youyou… C’était étonnant, je me demande bien comment il a appris à en faire.
Cependant, quelques jours plus tard, le Cameroun remportait la finale contre l’Egypte, ce qui fut d’ailleurs une petite surprise puisqu’ici tout le monde, ou presque, avait donné l’Egypte gagnante car c’est une équipe qui n’a encaissé qu’un seul but dans les temps réglementaires.

Je ne sais pas si ce type de sélection chez les supporters est spécifique aux pays, n’ayant pas l’habitude de participer aux phases finales d’une compétition internationale. Mais bon, en général ça fini bien car les supporters africains ne sont pas connus pour des actes d’hooliganismes.

Le sport comme baromètre social

Personnellement je pense que ces ambiguïtés dénotent combien il est important d’organiser de telles compétitions. Les matchs deviennent des melting-pots aussi bien sociaux que politiques sur fond de revendication, d’appartenance, de réconciliation mais aussi d’espoir.
À plusieurs reprises le sport est devenu une tribune politique et cette CAN n’a pas été épargnée. En effet, quelques gabonais ont appelé au boycott de cette compétition principalement dans les stades, suite à la réélection contestée d’Ali Bongo.
Malgré tout, des équipes comme l’Egypte, absente depuis des années de la CAN à cause de troubles politiques, ont prouvé qu’il fallait y croire et rester soudés jusqu’au bout, même s’ils ont été battus en finale.

En définitif, je pense que le sport demeure une compétition à tous les niveaux mais aussi un véritable outil de décrispation sociale.

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