Accès internet en Afrique, la fracture numérique s’amplifie

Dans les Objectifs de Développement Durable (ODD) définis par l’Assemblée générale des Nations Unies, les États membres ont reconnu que la « diffusion des technologies de l’information et de la communication (TIC) et l’interdépendance mondiale ont un grand potentiel pour accélérer le progrès humains ». C’est ce que nous pouvons lire dans le paragraphe numéro 15.

Les TIC ne connaissent malheureusement pas le même essor partout. Il faudrait que l’Afrique dispose d’un accès Internet équitable. Pour le moment, la fracture numérique semble s’accélérer.

Dans ce billet, nous allons explorer le rapport de l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) datant du mois de septembre 2017.

Pourquoi la fracture numérique ne faiblit pas ?

On estime que la proportion de ménages dans les pays en développement ayant un accès Internet est passée de 37,6% en 2015 à 42,9% en 2017. Cependant, il s’agit ici d’une moyenne mondiale. En Afrique, ce taux est de 18% en 2017, contre 84% pour l’Europe.

Pour moi, l’un des meilleurs indicateurs justifiant cette importante disparité reste le GCI (Global Connectivity Index). Cette variable classe les nations en trois principales catégories suivant une quarantaine de critères dont le big data, l’internet des objets, l’internet haut débit, les datacenters, etc. Dans l’ordre décroissant, nous avons les Frontrunners, les Adopters et enfin les Starters. L’essentiel des pays pauvres sont classés dans la dernière catégorie. Vous pouvez consulter la carte interactive de ce classement ici.

Ce score nous enseigne que les progrès cumulés dans le domaine des TIC par les pays technologiquement avancés deviennent exponentiels au fil du temps. À ce propos, dans le rapport de l’UIT, on peut lire à la page 16 que « nous assistons à l’équivalent TIC de l’effet Matthieu, où les riches deviennent plus riches et les pauvres s’appauvrissent davantage ». Autrement dit, plus votre accès internet est de mauvaise qualité, moins vous aurez de chance de jouir pleinement des avantages d’un smartphone, par exemple. Pour les spécialistes, la fracture numérique est telle qu’il faudrait à présent la qualifier de « gouffre numérique ».

Au Niger, les internautes se comptent sur le bout des doigts

Le rapport de l’UIT indique qu’au Niger les internautes ne représentent que 4,3% de la population. Parmi ces internautes, 0,1% disposent d’un abonnement fixe à internet contre 2% pour l’accès mobile. Pour cause, un coût élevé de l’offre, un manque d’infrastructures et de contenus numériques. C’est d’ailleurs ce qui explique l’absence du Niger dans le classement GCI.

Pourtant, une politique visant le développement des TIC a été mise en place depuis 2005. C’est le « Plan de développement des Technologies de l’Information et de la Communication au Niger ».

Machine à écrire fracture numérique

Malheureusement, on voit que les choses n’ont pas énormément bougé. En visitant une administration publique nigérienne, vous aurez la surprise de tomber sur des antiquités. La photo ci-dessus nous montre une machine à écrire totalement opérationnelle et très sollicitée encore aujourd’hui. Et non ! Vous n’êtes pas au musée, ni chez un collectionneur 🙂 . J’ai même eu l’occasion de saisir quelques mots.

Ci-dessous, la photo du moyen de communication le plus high-tech que j’ai trouvé, bien au chaud, dans le bureau du patron : un télécopieur 😮 . Oui, le fax n’est pas encore mort.

Néanmoins, dans le service que j’ai visité, il y a des ordinateurs. Mais ces derniers ne sont connectés à aucun type de réseau et ne servent qu’à distraire les employés. D’ailleurs, ces ordinateurs deviennent un fardeau pour le service. Ils sont comme de gros jouets consommateurs d’électricité et infestés de virus informatiques.
Télécopieur

Des changements en vue ?

Pour le moment, la fracture numérique continue sa route et rien ne semble l’arrêter. Je me demande bien quand est-ce que tous ces produits et services connectés disponibles ailleurs seront vulgarisés au Niger et en Afrique de manière générale ? Certains risquent même de disparaître sans avoir jamais servi chez nous. Pourtant, chaque dollar investi dans le secteur des TIC aujourd’hui générera cinq dollars en 2025.

Je pense que la solution est entre les mains de tous. Entrepreneurs, citoyens, militants, toutes les bonnes volontés doivent fonctionner en synergie afin de stimuler les volontés politiques.

De toute façon, il faudra un jour ou l’autre s’adapter. Les TIC, c’est comme l’industrie aéronautique, si vous voulez que des avions atterrissement chez vous, il vous faudra un aéroport d’un certain standing. Autrement, vous ne pourrez qu’apercevoir des tonnes de frets et de passagers voler au-dessus de vos têtes, emportant par la même occasion vos rêves et des milliers d’emplois.

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