La dimension numérique des migrations

Pauvreté, guerre, persécution, torture. Voici en quelques mots, les principales causes qui obligent des milliers de personnes dans le monde à prendre la décision la plus dure de leur existence : partir pour l’inconnu. Hommes, femmes et enfants s’engagent alors dans un parcours périlleux avec pour seul repère l’espoir d’un avenir meilleur. Un espoir souvent conditionné par quelques données enregistrées sous forme numérique dans un téléphone mobile, une carte magnétique ou un passeport biométrique.

Dans cet écosystème digital, c’est le smartphone qui sort du lot. En effet, le New York Times considère qu’il fait partie des biens les plus essentiels des réfugiés. Application de messagerie instantanée ou de géolocalisation font du smartphone un véritable kit de survie pour majorité de migrants. D’autres part, ils se déplacent de moins en moins avec des liasses de billets. Désormais, leurs économies sont inscrites quelques part sur un circuit imprimé.

Le recours au téléphone intelligent par les réfugiés commence dès la préparation du projet de migration. En tapant des requêtes sur les moteurs de recherches, ils peuvent se renseigner sur un certain nombre d’éléments qui vont les accompagner le long de leur périple. Il peut s’agir de l’actualité relative à la fermeture des frontières, des changements des politiques d’immigration, une vérification de la fiabilité des routes, ou simplement communiquer avec leurs proches ou d’éventuels passeurs.

Une surveillance numérique des migrants

L’usage régulier de ces outils laisse des traces exploitables par les institutions, gouvernementales ou pas. Le smartphone peut donc très vite devenir la cause d’innombrables déboires avec de lourdes conséquences.
En Europe, plusieurs pays vérifient le trajet des migrants demandeurs d’asile en fouillant les métadonnées enregistrées par leur téléphone mobile. Il est donc possible de faire « parler » le smartphone du demandeur, pour savoir si ce dernier a menti sur son itinéraire par exemple. Violation de vie privée ou pas, l’application de cette mesure est consécutive au règlement de Dublin qui prévoit de déterminer l’État par lequel un demandeur d’asile a premièrement fait son entrée dans l’Union Européenne. Ce règlement envisage, le cas échéant, le transfert du demandeur d’asile vers cet État. De ce fait, le contrôle systématique du smartphone oblige certains migrants à s’en débarrasser avant de faire face aux services d’immigration.

Moins de protection et plus de contrôle

Le durcissement des politiques migratoires des pays développés oblige les migrants à emprunter des itinéraires dangereux. Abandonnés à leur sors, ils doivent pourtant s’informer régulièrement.
Aujourd’hui, il existe très peu d’applications pour aider les demandeurs d’asile dans leurs parcours. L’essentielle des ressources sont mobilisées pour contrôler et non pour protéger. Les migrants en provenance d’Afrique sont presque condamnés à voguer sur la méditerranée puisqu’ils n’ont pas le droit d’accoster. Récemment, l’Aquarius n’a pu accéder aux côtes européennes qu’après une semaine d’errance sur la mer.

Toutefois, des initiatives comme Watch The Med essaient d’apporter des solutions d’ordre numérique aux difficultés des migrants. Cette organisation tente de lutter contre les violations des droits des migrants en mer, grâce notamment à un numéro appelé Watch The Med Alarm Phone qui aide les bateaux en difficulté.

Une politique migratoire en crise

Les pays développés préfèrent installer des barrières à leurs frontières alors même que beaucoup d’entre eux sont, par exemple, favorables au principe de non-refoulement comme indiqué dans la Convention relative au statut des réfugiés de 1951.
Malgré tout, médias et politiques parlent de « flux », « flot » ou de « vague migratoire ». Les réfugiés sont qualifiés d’« envahisseurs », de « clandestins » ou de « profiteurs ». Toutes ces mauvaises interprétations développent un climat de méfiance envers les migrants. Les gouvernements en profitent et adoptent des mesures qui viennent saper l’état de droit, non seulement, des réfugiés, mais également des citoyens réguliers. On voit émerger des programmes de surveillance de masse dans les grandes démocraties comme les États-Unis avec le PATRIOT Act ou la France avec la loi relative au renseignement adoptée en 2015. Ce qui pose des interrogations sur de probables bavures.

En acceptant cet état de fait, certains citoyens choisissent d’hypothéquer une partie de leur humanité contre moins de solidarité. Et le nationalisme s’installe avec son florilège de mesures ostentatoires rivalisant d’absurdité. En Hongrie, par exemple, les réfugiés sont assimilés aux terroristes. On a l’impression que l’égoïsme a remplacé les valeurs de fraternité et de partage pour la défense des droits humains les plus fondamentaux pourtant prêchés par ces mêmes États la main sur le cœur.

« Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants, c’est l’indifférence des bons », Martin Luther King.

1 Commentaire

  1. Très bon article comme d’habitude.
    Chaque pays « d’accueil » a sa politique, ses contraintes et ses coutumes. Elles varient beaucoup de l’un à l’autre. Il est regrettable de voir un bateau comme l’Aquarius se « balader » en Méditerranée afin de pouvoir déposer les migrants.
    Ce que ne comprennent pas mes compatriotes, français et européens, c’est que ce sont des migrants qui préfèreraient rester chez eux plutôt que de fuir et d’abandonner tout ce qu’ils avaient même si cela peut paraître dérisoire dans nos pays « développés ».
    Quitter son pays est bien souvent un crève-coeur pour ces personnes car il faut repartir à zéro alors que l’on espérait, pour les plus âgés, avoir une fin de vie tranquille.
    Et à tout cela il faut ajouter la perte des traditions, de la nourriture spécifique, tous ces facteurs que l’on pense accessoires mais auxquels le migrant va devoir faire face.
    Le racisme est toujours présent et c’est bien malheureux; l’entraide n’existe plus c’est chacun pour soi même entre gens d’un même pays.

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *