Quels avenirs possibles pour la politique au Sahel(2)

Dans un précédent article, je vous proposais d’analyser l’avenir politique des pays sahéliens. Dans cette seconde partie, cette question est traitée au regard de ce que nous avions appris à mieux réaliser sur la base d’années d’échecs répétés.

Les rencontres politiques au Sahel

Après plus d’un demi-siècle d’indépendance, les forums et les sommets sont « mieux » organisés. Malheureusement, de ces événements internationaux, nous ne pouvons retenir qu’une organisation faste sur fond de protocoles bourgeois. En effet, les principales institutions panafricaines n’ont, jusqu’ici, pas réussi à apporter la moindre solution louable aux principales problématiques qui gangrènent le Sahel. Une écrasante partie de la population du Sahel continue à vivre de la même manière que l’humanité vivait il y’a quelques siècles : sans aucune forme d’énergie que celle que la nature fournie saison après saison.

D’un point de vu sécuritaire, l’interventionnisme de la France est toujours d’actualité, c’était notamment le cas dans un passé récent au Tchad et aujourd’hui encore au Mali et au Niger. L’armée française n’est plus la seule à « chasser le terroriste » dans cette zone, désormais les allemands sont aussi de la partie de même que les américains, même si dans une moindre mesure.

Le multipartisme au Sahel

En un demi-siècle nous avons aussi appris à « mieux » partager le pouvoir grâce ou multipartisme. Au Niger, il existe plus de 70 partis politiques dont seulement 10 sont représentés à l’Assemblée nationale. Il faut aussi savoir que 40 de ces partis se sont rangés derrière celui au pouvoir. Des organisations politiques qui n’ont absolument aucune chance de remporter les élections mais qui sont là pour chaque fois s’allier derrière le candidat qui à coup sûr sortira vainqueur.

Le multipartisme est une bonne chose certes, mais je pense que la création d’un parti politique au Sahel doit être sérieusement revue et corrigée afin de correctement rentrer dans le moule d’une politique juste et efficace. Je ne suis pas en train de dénoncer l’illégalité de ces partis, puisqu’ils ont légalement été créés. Je dis que ces partis ne sont justes que sur la forme, dans le fond ils n’apportent qu’une contribution assez substantielle voire nulle ou même négative dans le pire des cas, en ce sens qu’ils ne sont là que pour profiter du pouvoir et résoudre leurs propres difficultés d’abord.

Ils ne font la politique que pour disposer de certains privilèges ou facilités concernant par exemple l’attribution des marchés publics, les recrutements, l’obtention de financements,etc. Il faut savoir que ce sont les titulaires ou membres de ces types de partis politiques qui construisent des écoles qui s’écroulent, des routes bitumées qui fondent sous le soleil, qui écoulent l’aide alimentaire sur le marché, leurs caractères peu scrupuleux n’est plus à démontrer.

Les causes profondes du détournement de fonds

En un demi-siècle de jeu politique, certains fonctionnaires ont goûté au mode de vie occidental et sont prêts à tout pour le conserver. Alors des fonds sont détournés, et pour moi chaque franc extirpé des caisses de l’État équivaut à affaiblir d’avantage l’espérance de vie de chaque homme, femme ou enfant citoyen de ces pays.

La culture citoyenne au Sahel

Nos pays sont très loin de rentrer dans la définition de l’État-nation car beaucoup trop de citoyens en ignorent les valeurs fondamentales. Cette population ignore presque tout, de l’hymne nationale en passant par la devise du pays de même que la couleur du drapeau ou encore le sceau de la République. J’ai rencontré, chez moi, des citoyens qui ne connaissent pas le nom de la capitale de leurs pays. Au Niger, l’analphabétisme est roi, de ce fait même la Constitution reste pour beaucoup une exégèse.

Quelles sont les solutions pour l’avenir ?

Je pense qu’il serait naïf de croire qu’une décision, même dans le cas où elle est appliquée, apportera une solution aux principales difficultés politiques du Sahel. Je crois que le Sahel est une entité relativement complexe puisqu’il n’a pas fondamentalement changé même après plusieurs siècles de colonisations et d’esclavage.

Soyons optimistes et imaginons ces épines retirées par un coup de baguette magique : plus de corruption, les élections sont libres et transparentes, les citoyens devenus de vrai patriotes, les terroristes et autres rebelles ont déposé les armes…
Un scénario souhaitable mais qui sera soumis au poids du passé, car le Sahel a hérité d’une histoire indélébile. En effet, plusieurs générations ont reçu le mauvais message : la corruption et le détournement sont devenus presque légitimes pour certaines consciences. L’impunité est devenue un symbole de virilité pour ceux qui se considèrent au-dessus de la loi.

Les hommes politiques sont chacun un élément d’un tout, ce qui limite significativement leur marge de manœuvre. Aujourd’hui, le Sahel est donc une sorte de système obligé d’interagir avec d’autres systèmes par le biais de la mondialisation. Il faut donc arrêter de trop se focaliser sur les problématiques présentes et essayer de faire germer une graine qui poussera bientôt. Cependant, au Sahel, tout le monde sait que beaucoup d’événements sont possibles entre le temps que prendra une graine avant de germer et la moisson.
Il faudra donc s’armer d’une dose de sagesse et d’un zeste de patience.

1 Commentaire

  1. Il me semble qu’il y a trop de partis politiques car le chiffre que tu annonces est énorme.
    Cela disperse les idées politiques et on ne s’y retrouve plus. Créer un parti politique pour ensuite s’allier derrière le plus fort n’est pas très cohérent.
    Cela ajouter à l’illettrisme ça va être difficile.

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *