L’ alphabétisation fonctionnelle au Niger

Le Niger est un pays aux multiples difficultés, aussi bien économiques, sociales que politiques. La conjonction de ces facteurs avec d’autres viennent aggraver, un peu plus, les conditions de vie des uns et des autres.

En 2014, le taux d’alphabétisation était estimé à 26,5% ; l’accès à l’éducation est, somme toute, l’un des principaux défis que doit relever le gouvernement dans les années à venir. Pour ce faire, le gouvernement devra aussi prendre en compte l’analphabétisme des adultes. C’est donc dans ce contexte que l’alphabétisation fonctionnelle a été instituée depuis des années.

Qu’est-ce que l’ alphabétisation fonctionnelle?

Ce type d’alphabétisation vise principalement les adultes. Son caractère fonctionnel tient au fait qu’elle est une composante, souvent essentielle, des projets de développement. L’ alphabétisation fonctionnelle présente donc un double avantage.

En effet, elle lutte contre l’analphabétisme à travers un programme d’apprentissage intégrant, lui-même, des thématiques s’articulant autour de connaissances pratiques liées par exemple à la gestion de l’eau, de la nutrition, du vote, etc.

Fonctionnement d’un centre d’ alphabétisation fonctionnelle

Lorsque vous visiter pour la première fois une telle classe au Niger, vous pourriez remarquer le clivage « homme-femme ». Effectivement, pour des raisons culturelles et religieuses, les femmes et les hommes sont instruits séparément. Les premiers participent aux cours dans la journée et les seconds attendent la soirée.

Centre d'alphabétisation de Bazaga
Il est aussi important de savoir que les classes sont, en général, construites ou allouées par les participants en guise d’apport au projet. Ce sont également les apprenants qui déterminent les horaires de classe. La gestion des matériels et fournitures de cours (bancs, ardoises, craies, lampes, manuels, etc.), est confiée à un comité villageois d’alphabétisation, spécialement créé pour la circonstance, dont les membres résident exclusivement dans le village.

C’est d’ailleurs ce comité qui sélectionne les personnes qui bénéficieront gratuitement du programme d’ alphabétisation fonctionnelle soumis par le projet.

À quoi ressemble une classe d’ alphabétisation fonctionnelle au Niger ?

En regardant la première partie de cette vidéo, on a vraiment l’impression que le centre du village de Koundigué représente beaucoup plus une crèche, qu’une classe d’apprentissage réservée aux adultes.
Une classe d’ alphabétisation fonctionnelle est différente d’une classe traditionnelle puisque le publique ciblé est différent.

Ici, l’analphabète n’est pas exclusivement présent pour s’instruire, il est surtout là pour apprendre à pérenniser le fonctionnement d’une initiative pour le développement de sa communauté. Pour ce faire, la disposition même des apprenants doit être différente de celle d’une classe traditionnelle, où c’est le maître qui dirige tout.

Disposition d'une classe d'alphabétisation fonctionnelle

En comparant ces schémas avec la vidéo ci-dessus, nous pouvons constater qu’ici les chefs d’orchestres sont, essentiellement, les femmes et les bébés. L’animateur parle très peu, car se trouvant dans une position relativement inappropriée tandis qu’il essuie littéralement des « cris de face » provenant des bébés. On voit à quel point une fécondité élevée au Niger peut avoir des conséquences sur le quotidien des mères.
Ah oui! j’oubliais, le plafond de cette classe est squatté par des chauves-souris qui participent, elles aussi, aux animations à coup de grincements et de déjections. Ce qui donne au cours une saveur un peu particulière 😉

Les centres que j’ai visités sont essentiellement féminins; non pas parce que j’aime les femmes, ce qui n’est pas faux 🙂 , mais surtout du fait du décalage horaire entre une classe féminine dont les cours commencent entre 13, 14 ou 15 heures, selon les villages, et une classe masculine dont les cours ne commencent qu’après 20, 21, ou 22 heures du soir.

Du coup, il m’est devenu plus pratique de couvrir les centres féminins, puisqu’il est possible d’en faire plusieurs en une journée, pendant que le soleil est encore bien haut. Dans les zones rurales, les nuits sont hyper sombres, et comme j’ai très peur du noir, cela a peut-être influencé ma décision 😀

Bref, trêve de bavardage, j’ai quand-même surmonté ma phobie et pu en visiter quelques uns comme on peu le voir sur les photos ci-dessous.
Centre de Sabara et d'Ifricawane

Si vous venez de terminer ce manuel de l’UNESCO(Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) traitant de l’ alphabétisation fonctionnelle, vous serez bien surpris en visitant un vrai centre au Niger, surtout dans les zones rurales. Je ne suis pas spécialiste en la matière, mais je pense qu’il y’a un certain nombre de choses à revoir.

Des contraintes supplémentaires

Centre féminin de Tamaka
En dehors des problèmes techniques relatifs à la disposition des apprenants, de la taille des salles qui restent assez petites je trouve; certains animateurs (enseignants) font régulièrement face à des pénuries de craies, ou de piles électriques pour l’éclairage des cours de nuit car les ONG n’approvisionnent pas, dans les délais, les sites concernés.
Les villages sont tellement isolés qu’il faut parcourir plusieurs kilomètres pour acheter un morceau de craie. Aussi, les animateurs ne sont pas payé à temps, ce qui occasionne des désertions.

Généralement, ce sont les femmes qui rencontrent le plus de difficultés pour pouvoir assister au cours. Dans les villages, les femmes se réveillent et se couchent avant et après tout le monde. Lorsqu’elles arrivent en classe, beaucoup ont juste fait une pause d’une rude journée qui ne fait que commencer. C’est notamment le caractère soutenu de cette corvée qui justifient le fort absentéisme dans les classes féminines.
Souvent, des maris obligent leurs épouses à abandonner les cours. Des fois aussi, les jeunes filles se voient mariées et donc contraintes de laisser tomber le programme.

De mes visites, j’ai globalement tiré un avis positif, car ayant rencontré des hommes et des femmes analphabètes qui veulent véritablement apprendre à lire et à écrire dans leur langue. Cependant, la plupart des villageois que j’ai questionnés sur le « pourquoi » de leur motivation me répondent que c’est avant tout pour apprendre à mieux utiliser un téléphone mobile et écrire soi-même des messages. Je me demande bien si apprendre à envoyer des SMS fait partie des objectifs du projet qui a financer une telle formation…

Comme quoi un savoir, même spécifique, reste extrêmement malléable et adaptable.

3 Commentaires

  1. J’admire cette volonté des femmes d’apprendre et de sortir de l’illettrisme. Il faut avoir une réelle volonté pour apprendre avec des bébés qui pleurent.
    Bravo à toutes ces femmes et bravo pour cet article qui m’en apprend un peu plus sur un pays si loin de chez moi.

    1. Tu n’as même pas idée! Mais je pense que ce serait mieux de déléguer la garde des enfants à une personne du village pendant les horaires de cours…Ce qui ne serait pas difficile à faire puisque la plupart des villages ressemblent plus à une grande famille.

      1. Je suis tout à fait d’accord avec toi pour avoir fait des MOOC sur le sujet et avoir lu des articles ou vu des reportages sur le sujet.

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