Le clientélisme au Sahel

L’Afrique depuis les temps anciens était réputée pour la solidarité qui liait ses peuples. Les époques passèrent en même temps que l’esclavage et la colonisation…pourtant ce sentiment de dépendance réciproque autour d’une sorte d’entraide mutuelle obligatoire ne bougea pas d’un iota. L’héritage d’un État moderne légué par les colons au lendemain des indépendances n’avait non plus pas réussi à gommer cet état d’esprit. C’est ainsi que cette solidarité est venue s’ingérer dans les affaires politiques de ce nouvel État et s’est mutée en ce que l’on appelle aujourd’hui le clientélisme.

Mais c’est quoi un client ?

Bah c’est simplement une personne qui vient réclamer un bien ou un service en échange de quelque chose, de nos jours même les ordinateurs ont leurs clients qui sont des programmes sollicitant les services d’autres programmes pour exécuter une ou plusieurs tâches…

Et la politique dans tout ça ?

À ce niveau les choses se compliquent un peu plus, car en dépit de l’existence d’un contrat social liant le peuple à l’État, ce dernier est censé être impartiale dans les prises de décision et dans sa manière de redistribuer les richesses, vu le nombre et la diversité des acteurs qui le composent. Les faveurs accordées à telles minorité ou telles majorité le sont très souvent au détriment du mérite et de la capacité réelle de diriger du client, en échange ces mêmes clients promettront une mobilisation, sans précédent, des forces populaires lors des processus électoraux pour reconduire à nouveau ce gouvernement qui les a si bien dorloté et engraissé durant son séjour à la magistrature suprême. Le clientélisme politique, c’est comme si vous vous rendiez dans une station-service avec les mêmes billets que tout le monde, et que l’on refuse de vous servir parce que tout simplement vous n’avez aucun lien d’amitié ou autre avec le gérant du site. Alors vous auriez mieux intérêt à passer par quelqu’un d’autre, le pompiste par exemple, si vous tenez à faire votre route. On voit bien que la solidarité Africaine à profondément modifié l’essence de cet État moderne.

Un véritable problème essentiel ou une réelle capacité d’adaptation des sociétés africaines aux situations nouvelles?

Si adaptation il y a, et bien je crois qu’elle apporte plus de problèmes qu’elle n’en résout : la corruption, l’impunité, l’abus du pouvoir, l’incompétence, le détournement… comme si le budget étatique était le patrimoine de quelques ménages parmi des millions d’autres.

Si l’on considère que la solidarité africaine est une technologie, connaitre son existence

« est une condition nécessaire mais pas suffisante de son adoption » (Jacques Giri).

Dans la gestion des affaires étatiques évidemment.

Aujourd’hui certains de ces chalands sont devenus de « gros clients » de l’État, des acteurs incontournables des politiques aussi bien intérieures qu’extérieures, des hommes de l’ombre, de vrais chefs d’orchestre qui dirigent le bal des gouvernements et font la pluie et le beau temps : le client est donc devenu roi.
Je suis loin d’être un partisan des théories du complot mais quand un chômeur s’exprime ça donne souvent ce résultat 🙂 ! Je me sens obliger de jouer aux super héros mais c’est souvent que j’oublie de porter ma cape de lutte pour la défense des biens de la veuve et de l’orphelin 🙁 .

Même si le clientélisme existe partout dans le monde, il est clair qu’il jouit, en Afrique, d’une assise un peu plus confortable que son cousin européen par exemple. Il suffit d’observer la géométrie assez variable de nos acteurs politiques, de vrais caméléons! Souvent communistes, des fois démocrates, d’autres fois encore républicain…on s’y perd souvent dans cette mer de slogans. Des partis politiques qui ont tout de commun sauf les couleurs des t-shirt propagandistes, un vrai désordre coloré.

Mais bon je relativise quand même car je sais que cet État nouveau, cette sorte de Léviathan des temps modernes, n’a que récemment fêter son demi-siècle d’exercice en Afrique; quant à la démocratie au Niger, elle a approximativement le même  âge que moi. Nous sommes dans une phase d’apprentissage et tout reste possible. Ce sera à nous de remettre cet État à sa place, celle qu’il aurait dû occuper depuis toujours.

2 Commentaires

  1. je valide la phrase de Barat Pierrette, Mamoudou Ousmane c’est avec une grande joie qu’on apprend avec toi, et nous t’encourageons dans cette initiative, merci.

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