Les technologies numériques sonnent-elles la fin de la démocratie ?

Les technologies numériques ont toujours été considérées comme un puissant outil d’expansion de la démocratie. En effet, elles ont grandement facilité l’implication des citoyens dans les débats politiques. Grâce notamment à des plateformes de blogging, de réseautage social, et de messagerie instantanée, la parole citoyenne s’est ainsi libérée d’innombrables contraintes.

L’adoption massive de ces technologies est assez frappante. En à peine une décennie, elles ont réussi à changer le monde d’une telle manière que même les gouvernements semblent pris de court, d’où le vide juridique. Cependant, suite au scandale Cambridge Analytica, une prise de conscience plus générale semble envahir les parlements à travers le monde.

Dans ce billet, nous allons essayer de voir dans quelle mesure les technologies numériques risquent de porter un sérieux coup de massue à la démocratie telle qu’elle se définie aujourd’hui.

Les technologies numériques, Saint-Graal de la société civile

Les TIC ont permis une meilleure organisation de la société civile en facilitant l’accès à de nouvelles catégories d’informations mais aussi à de nouveaux canaux de distribution.

L’implication massive des citoyens dans la vie politique a été une vraie avancée, et autant dire que les résultats ne se sont pas fait attendre. En Afrique, par exemple, un certain nombre de régimes répressifs ont été défaits. De la Tunisie, en passant par l’Égypte ou le Burkina-Faso, les réseaux sociaux ont largement contribué à rassembler les citoyens et à faire partir les dictateurs. La démocratie était là, à portée de clics.

De défenseur à bourreau de la démocratie ?

La démocratie est un régime politique dans lequel les citoyens ont le pouvoir. Ce pouvoir est renforcé par le principe que tout le monde peut voter et que chacun dispose d’une certaine liberté d’expression. Le traitement et la diffusion d’informations est assurée par une presse plutôt dynamique.

Cependant, force est de constater que la démocratie et ses instruments, n’ont pas su évolué au fur et à mesure que les TIC gagnaient du terrain. Mis à part quelques lanceurs d’alertes, ni les politiques ni les sociétés civiles n’ont tenté de comprendre le mécanisme à l’œuvre dans cette boîte de Pandore numérique. D’ailleurs l’auraient-ils compris, vu que l’essentiel d’entre eux ne savent pas programmer ?

C’est aujourd’hui tout le problème de la justice qui n’arrive pas à condamner les acteurs du trading haute fréquence aux méthodes spéculatives douteuses. En effet, les juges ne peuvent pas analyser et comprendre les preuves écrites sur plusieurs millions de lignes de code. La justice est donc devenue aveugle face aux nouvelles lois de la finance. À moins de se doter d’outils spéciaux ou de recruter des algorithmiciens, on voit mal comment la justice traditionnelle pourraient sanctionner ces infractions d’un nouveau genre. Hors dans une démocratie, il ne peut pas y avoir une justice à deux vitesses.

Aujourd’hui, les outils numériques ringardisent et dénaturent les campagnes électorales traditionnelles. En effet, dans une démocratie, les élections sont dites « libres et transparentes » car on s’assure que les électeurs ont tous décidé de voter pour tel ou tel candidat sur une même base d’information. C’est pour cela que chaque candidat dispose d’un temps de parole précis dans les médias audiovisuels afin de défendre son projet.

Mais de nos jours, les technologies numériques changent la donne. Grâce à des techniques d’analyse du Big Data, il est possible de procéder à de micro ciblage d’électeurs. Autrement dit, il devient possible d’envoyer à chaque citoyen un message personnalisé dans le but de faire basculer son vote en faveur d’un parti politique. Des messages qui ne seront même pas visibles par les régulateurs des plateformes de réseautage social, c’est ce qu’on appelle le dark post . Une technique que Donald Trump a utilisée pour convaincre les électeurs noirs de voter pour lui. La suite on la connait, il a fini par remporter les élections américaines alors même qu’il avait 3 millions de voix de retard sur sa rivale.

Si les politiques utilisent les technologies numériques pour mieux exploiter les failles psychologiques des uns et des autres et leurs envoyer des messages de propagande en conséquence, on voit bien que la démocratie telle que nous la concevons, perd en fiabilité et en crédibilité. Comment pourrions-nous donc responsabiliser un élu si tout le monde a reçu un message, une information, une promesse différente ?

Bientôt, le profilage des électeurs sera encore plus précis car les objets connectés prendront plus de place dans l’espace de vie de chacun. De la voiture, en passant par les assistants vocaux, la télévision, etc. de gigantesques quantités d’informations seront collectées que des entreprises n’hésiteront pas à exploiter.

Finalement, il n’y aura qu’une seule issue possible dans cette confrontation entre la démocratie et les technologies numériques. Soit, la démocratie l’emporte en imposant son autorité de contrôle sur les géants du numérique via des outils comme la Réglementation Générale sur la Protection des Données (RGPD) ; soit les technologies gagnent et enterrent la démocratie comme l’ont été d’autres régimes politiques avant elle.

L’humanité est à l’heure actuelle submergée d’informations de toute sorte. Propagandes, fakenews, publicités, etc. ce qui fait que beaucoup de personnes se construisent leurs propres versions de la réalité. Il faut simplement espérer que cette version là ne sera pas trop éloignée de « la vérité »!

À très vite 😉

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