Quels avenirs possibles pour la politique au Sahel(1)

Je vous propose de découvrir dans cet article consacré au Sahel mes avis sur les possibilités d’avenirs pour cette région en matière politique.

Carte du SahelLe Sahel est une vaste région coincée entre le Sahara au Nord et les zones soudaniennes au sud. Il s’étire d’ouest en est des rives de l’océan Atlantique à celles de la Mer Rouge comme nous pouvons le constater sur la photo ci-contre.

Mais le Sahel que j’aborderai dans ce billet englobe les pays ouest-africains membres du G5, constitué par le Niger, le Tchad, le Mali, le Burkina Faso et la Mauritanie. Bien sûr la géopolitique ouest-africaines du Sahel ne se limitent pas exclusivement au G5 en ce sens que des pays comme le Sénégal, l’Algérie ou le Nigéria y jouent un rôle conséquent.

L’instabilité des régimes politiques au Sahel

Depuis les indépendances l’Afrique a connu plus de 85 coups d’État, dont 23 pour les cinq États du G5. Dans cette même période plus de 20 présidents africains ont été assassinés dont 3 pour les pays du G5.

Coups d’État et Présidents assassinés au Sahel
Pays Nombre de coups d’État Nombre de Présidents assassinés
Niger 4 1 (Ibrahim Barré-Maïnassara, 1999)
Burkina Faso 7 1 ( Thomas Sankara, 1987 )
Mali 3
Tchad 3 1 ( François-Ngarta Tombalbaye, 1975 )
Mauritanie 6
TOTAL 23 3

Aujourd’hui, les choses ne vont pas mieux car dans aucun de ces États une passation du pouvoir d’un président civil vers un autre président civil a eu lieu. Il faut toujours l’intervention des militaires pour que le pouvoir soit restitué aux mains des partis civils. Souvent ces militaires prennent leurs aises avec le pouvoir et refusent de céder le trône. Dans le pire des cas cette prise de pouvoir par les militaires se transforme en une dictature démolissant toute forme d’opposition. C’était notamment la situation qui prévalait au Burkina Faso et aujourd’hui encore au Tchad.

Une instabilité des régimes politiques qui décourage les investisseurs, puisque la sécurité des fonds et du personnel des entreprises n’est plus assurée. Dans un passé récent, plusieurs cadres de la firme Areva ont été enlevés au Niger de même qu’un humanitaire, des journalistes ont aussi été assassinés au Mali. Le Rallye Dakar ne passe plus dans cette zone et s‘est déplacé en Argentine.

Malheureusement, cette instabilité fragilise les États, les immenses frontières deviennent poreuses et tout y passent. Des migrants, en passants par la drogue et les armes. Aujourd’hui, le Sahel est devenu le fief de pléthores de bandits de tout gabarit mais aussi le sanctuaire de mouvances terroristes.

Une mauvaise conception de la démocratie et du pouvoir

Mauvaise décision

Depuis les indépendances, certaines choses ont évolué mais n’ont pas fondamentalement changé. La démocratie s’est invitée dans majorité des États sahéliens depuis les conférences nationales.

Au Niger, la démocratie a à peine 26 ans et malheureusement notre conception du pouvoir est restée très biaisée. Au Sahel, et un peu partout dans la sous-région, on considère que le pouvoir c’est l’argent et l’argent c’est le pouvoir. Aucun président dans ces 5 États sahéliens n’a perdu des élections qu’il a lui-même organisées depuis les indépendances. Le peuple mauritanien par exemple à dû attendre près de 30 ans pour voir un civil élu Président de la République. Mais Malheureusement Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a été renversé à peine un an après son élection.

Une jeunesse désengagée politiquement?

Jeune inactif

Au Sahel, on a l’habitude de dire que les jeunes ne font pas de politique. Ce qui, à mon avis, n’est pas totalement vrai. D’une part parce que les jeunes dans cette partie du monde restent globalement pessimistes et ne sont pas suffisamment influents dans les structures politiques. Et d’autres parts, parce qu’à chaque fois qu’il y’a des élections, les jeunes se mobilisent font campagne, en plus d’occuper les bureaux de vote et de surveiller le processus électoral. Aussi, beaucoup de jeunes au Sahel font de la politique pour espérer décrocher un emploi. Même si cet engagement parait illégitime il vient jeter le contraste sur la manière dont les politiques invitent les jeunes à les rejoindre. Effectivement, dans beaucoup de cas, le gouvernement n’aide que les jeunes (ou du moins une partie des jeunes) qui font partie de la mouvance au pouvoir. Les autres devront se débrouiller.

Les discours adressés aux jeunes dans cette partie du monde sont toujours portés vers le future : « ça changera un jour…les jeunes auront leur place…il faut y croire…». Mais je pense que le monde est déjà en train de changer, que les jeunes se battent déjà sur tous les fronts, aussi bien politiquement que militairement.

Cependant, il faut noter que cette jeunesse n’est pas visible dans les hautes sphères politiques et administratives. Je crois que ceci ne prouve en rien le désengagement politique de cette jeunesse sahélienne, mais dénote plutôt un injuste échelonnement des responsabilités politiques. En effet, une fois élus, les candidats se réfugient dans leurs bureaux climatisés et oublient les partisans en même temps que les promesses qui les ont portés au pouvoir.

Efficacité de la société civile

L’État moderne sahélien est né au lendemain des indépendances. Sa gestion avait été confiée aux fonctionnaires africains issus de l’époque coloniale puisque l’État coloniale s’estimait investi d’une mission de « civilisation ». Dans cette même période une société civile sahélienne a aussi vu le jour et aujourd’hui tous les regards se tournent vers elle.

Les dénonciations des politiques menées par les nouveaux États sahéliens par cette société civile ont été importantes, même si relativement inconséquentes. Car si nous avons l’impression que l’État et la société civile restent d’éternels ennemis, ils ont longtemps esquissés tous les deux des danses nuptiales à l’abri du regard des citoyens. L’État et la société civile sahélienne restent en fait plus que jamais unis. L’État se ressource au sein de la société civile, chacun fait recours à l’autre, mais tous les deux n’ont pas réussi à insuffler le développement tant attendu.

Le Sahel reste globalement dans une situation politique dont la stabilité demeure assez improbable. Cependant, nous avons récemment assisté à l’expulsion de certains dictateurs du pouvoir; Blaise Compaoré du Burkina Faso et Yahya Jammeh pour la Gambie en 2017, même si ce pays n’est pas membre du G5.

Des événements encourageant cependant noyés par une mosaïque de chiffres aussi alarmants les uns des autres.
Une fois de plus nous devront prononcer un discours porté vers le futur et je crois que regarder l’avenir c’est quelque part le bâtir.

2 Commentaires

  1. Vaste problème qui ne sera pas résolu de si tôt.
    Il me semble qu’il ne faut pas que les pays africains veuillent une démocratie à l’occidentale car les bases ne sont pas les mêmes.

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