Vers une année scolaire blanche au Niger

Au Niger, cette année a été marquée par une suite de grèves du monde scolaire et académique. Si les grèves étaient plus sporadiques durant les années antérieures, elles ont été, cette année-ci, largement continues et quasi interminables. Effectivement, des mois de grève ont été enregistrés alors même que l’année scolaire n’est pas encore terminée.

Dans cet article, je ne vais pas m’appesantir sur les revendications des grévistes puisque toutes sont principalement liées à des questions d’arriérés de salaire, de pécule, ou de reclassement.

Pourquoi une année devient blanche ou invalidée ?

Une année est dite blanche ou invalidée lorsqu’elle ne répond plus aux principaux critères internationaux fixés par l’Unesco (Organisation des Nations-unies pour l’éducation, la science et la culture). Quelques-unes de ces normes sont, entre autre, l’accréditation ou la durée. Ce dernier facteur, la durée, pourrait être la principale anomalie qui conduirait vers une année blanche ou invalidée au Niger. En effet, même si l’année n’est pas encore terminée, on craint que le volume de cours n’atteigne les 25 semaines requises par l’Unesco. Néanmoins, il convient de noter que la décision de rendre une année blanche ou invalidée est un acte souverain. L’Unesco ne peut obliger un gouvernement à entériner cette décision.

Quelles sont les conséquences d’une année blanche ?

Lorsque l’année scolaire est déclarée blanche, c’est le statu quo, aucun élève ne change de classe ou de statut. Mais si l’année est invalidée, personne ne bouge sauf les redoublants ou les cartouchards (les redoublants de licence à l’université) qui se voient excluent de toute scolarité. Personnellement j’aurais qualifié une telle année d’année noire, au vue de toutes les choses qu’elle implique.

Contexte général de l’école nigérienne

Plusieurs mois après la rentrée scolaire, certains élèves n’ont pas plus de quatre pages de cours dans leurs cahiers. Aucun établissement, public en tout cas, n’a délivré les résultats d’un seul trimestre.

Ecole au Niger

 

Mais on dit que l’année n’est pas encore à terme et je suis d’accord. Mais vous devez savoir qu’au Niger les cours s’arrêtent dans les zones rurales aussitôt qu’une seule goutte d’eau tombe du ciel. D’une part à cause des travaux champêtres et d’autre part, à cause même du caractère extrêmement provisoire des salles de cours. Majoritairement en paillote, elles doivent être refaites tous les ans. On voit clairement que beaucoup de classes ne sont pas adaptées, souvent même le soleil passe au travers, comme le montre la photo ci-dessous.

classe de cour au Niger

Des chiffres qui donnent le tournis

Tournis

Au Niger, en 2015, le taux d’alphabétisation des 15 ans et plus était de 19,1% selon l’Unesco, l’un des plus faibles du monde. Plus de 80% de la population nigérienne reste analphabète. Récemment, des études ont prouvé que 60% des élèves de CP (Cours Préparatoire) n’arrivent pas à lire 5 lettres de l’alphabet français, tandis que 50% d’entre eux lisent à peine une seule lettre. Aussi, environ 96% des élèves du CP et du CM2 ne comprennent pas les enseignements de Français et des Mathématiques.

Concernant les enseignants dont 3 177 d’entre eux ont été évalués en 2016, seule 589 ont pu obtenir une note de 10/20. Pour les autres, les notes ont varié de 0 à 4/20. N’allez surtout pas croire que l’évaluation a été difficile, loin de là. Des enseignants ont eu zéro sur des questions du type : un kilomètre équivaut à combien de mètres ?

Des questions dont beaucoup de réponses ont d’ailleurs été apportées par des élèves.Beaucoup d’enseignants et énormément d’élèves n’ont plus un niveau acceptable. Ces études sont simplement venues confirmer ce que tout le monde savait voici des années.

D’importants investissements qui n’ont pas servi

Argent jeté

Le Niger est l’un des nombreux pays de la sous-région où le bien public est considéré comme le patrimoine des fonctionnaires qui gère cet argent public. Beaucoup d’argent a été dépensé sans objectivité. Des milliers d’enseignants et de classes en matériaux définitifs ont été successivement recrutés et construites juste parce qu’il fallait absolument consommer tous ces fonds qui arrivaient de partout tels des parachutes dorés.

J’ai vu des classes totalement délabrées ou effondrées après quelques mois d’activité. Des écoles ou les enfants n’ont ni eau ni latrines.

Souvent je regarde ce pays comme un laboratoire ou diverses théories de développement sont expérimentées. Des ONG viennent de partout avec toujours de nouvelles stratégies, aux appellations anglicisées, de lutte contre quelque chose. Malgré tout, je n’ai pas l’impression que nous ayons capitalisé sur les erreurs passées. Presque personne dans les agences d’aide comme dans le personnel d’assistance technique ne songe à remettre en cause le chemin emprunté. Toute cette mauvaise gestion ne peut que décourager les bailleurs qui ne font qu’évaluer des écarts négatifs toujours croissants.

À qui la faute ?

Qui est coupable?

Il serait évidemment ingrat d’attribuer tous ces troubles au régime actuel car l’ensemble des gouvernements qui se sont succédés ont aussi leur part de responsabilité.

La faute aux programmes d’ajustement structurel, comme disent certains. Ajustements ayant eux-mêmes découlé de troubles encore plus graves. La faute surtout à une administration publique aussi énorme qu’inefficace et qui continue d’engloutir une importante partie du budget de l’État. Même si les fonctionnaires nigériens ont un salaire très faible, je crois qu’il faut estimer les revenus réels de ces derniers en tenant compte des détournements de fonds et de la corruption.

Ce pays fait face à beaucoup de défis, tous les voyants socio-économiques sont aux rouges. En économie, le développement est un exercice d’équilibriste. Aucun secteur ne peut être délaissé au profil d’un autre. Le Niger est comme un ballon troué de partout, si vous mobilisez tous vos efforts pour colmater une brèche, qu’elle soit la plus importante, les autres céderont à coup sûr sous la pression. Alors quelques soit la couleur que prendra cette année scolaire, le Niger est plus que jamais sur une pente raide et devra redoubler significativement d’effort pour sortir de ce bourbier.

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