Niger : pourquoi céder 120 000 hectares de terres cultivables à l’Arabie saoudite ?

Alors que l’initiative 3N (les Nigériens Nourrissent les Nigériens), véritable fer de lance de la politique alimentaire du président Issoufou, peine à nourrir grand monde au Niger, l’État nigérien a affirmé être en pleine négociation avec une société saoudienne pour la cession de 120 000 hectares de terres arables dans la région de Diffa contre la création d’emplois, d’écoles, de centres de soins, d’une centrale électrique.
Diffa bénéficiera aussi d’une importante redevance financière (1 milliard de FCFA) alors même que le gouvernement n’en a versé aucune pour la région de Zinder depuis l’installation et l’exploitation, en 2011, de la SORAZ (Société de Raffinage de Zinder) par les Chinois.

Autant dire que le gouvernement est en pleine recherche de liquidité, pour notamment régler les mois d’arriérés de salaire qu’il doit au corps enseignant ainsi que les mois d’impayés qu’enregistrent les étudiants boursiers. Lors de son précédent mandat, ce gouvernement a préféré s’endetter et investir dans des infrastructures totalement obsolètes pour le développement économique du pays à l’exemple du projet Niamey nyala ou de ce pseudo train qui n’a encore transporté pas le moindre passager ni marchandise.
Évidemment, une partie des fonds a été détournée puisque tout le monde, au Niger, sait que ce gouvernement a accouché de nouveaux « riches » fonctionnaires qui sont tout sauf de géniaux inventeurs ou de prodigieux chefs d’entreprises.
Et puisque l’État a du mal à trouver des bailleurs pour l’exécution de son second mandat, il cherche des solutions ici et là qui ne sont, souvent, pas forcément commodes.
Comme le dit un proverbe haoussa:

« si vous tendez un sabre à une personne qui se noie, elle le saisira ».

Pourquoi l’Arabie saoudite a besoin de 120 000 hectares de terres au Niger?

L’Arabie saoudite, avec ses 2 150 000 km2, est deux fois plus vaste que le Niger, hors pour cultiver dans cet espace il faut de l’or bleu et non de l’or noir. De l’eau, ce pays n’en à presque plus; et malgré tout, un saoudien en consomme 265 litres par jour contre 150 pour un français et 72 litres pour un tchadien. Les aquifères s’épuisent à tel point que Riyad à renoncer en 2008 à son projet de culture de blé destiné à satisfaire les besoins de sa population.
Cet assèchement des aquifères est aussi dû au fait que le Royaume produisait beaucoup de fourrage et de palmiers, deux cultures assez hydrophiles, irrigués par la méthode d’inondation au lieu du goutte-à-goutte utilisé par Israël notamment.

Au Niger, les saoudiens cultiveront évidemment des biens qu’ils ne peuvent plus produire chez eux. Probablement des palmiers dattiers et des céréales pour nourrir le cheptel, car les pays riches consomment beaucoup de viande et pour en produire un kilo il faut 15 400 litres d’eau contre 290 litres pour un kilo de pomme de terre.
Les ressources du continent africain sont donc à nouveau sollicitées au détriment de sa population, qui produira, une fois de plus, des choses qu’elle ne consommera pas tandis que la famine et la malnutrition sévissent encore.

Pour moi, l’Afrique, n’a jamais porté aussi haut son titre de « berceau de l’humanité », car de plus en plus de nations en difficultés commencent à se tourner vers elle pour nourrir leurs enfants à la source, chez la mère de tous.
J’espère que les clauses des contrats respectent l’environnement ainsi que les êtres qui y vivent, que « la solidarité des peuples soit plus forte que l’égoïsme des nations » (Yan Arthus-Bertrand).

3 Commentaires

  1. En lisant l’article on a l’impression que l’Afrique pourrait se suffire à elle même si les pays non-africains ne venaient pas piller leurs ressources pour leur profit et palier leur ingérence chez eux. Je suis estomaquée de lire le nombre de litres d’eau que consomme un saoudien (265) alors que je trouve qu’ici, en France, les gens « gâchent » l’eau tellement il est facile de tourner le robinet.
    J’aime beaucoup lorsque tu parles de « l’or bleu »; c’est une image qui définit très bien la réalité actuelle. Malheureusement l’or noir pu encore régner quelques temps.

    1. Les saoudiens ont gaspillé leur eau, et la notre risque de se trouver dans les bacs de leurs supermarchés si d’aventure ils ne tiennent pas compte de tous les êtres qui en dépendent. Ils vont aussi redessiner l’itinéraire de beaucoup d’animaux… J’espère que cela ne sera pas une catastrophe environnementale!

  2. La catastrophe environnementale est déjà en marche malheureusement et tant qu’il y aura du pétrole accessible ce sont eux qui feront la loi.

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