La malnutrition au Niger

La malnutrition est une maladie qui se définie comme un état pathologique causé par la déficience ou l’excès d’un ou plusieurs nutriments. Au Niger, comme dans la majorité des pays subsahariens, la malnutrition est le fait d’une déficience ou d’un fort déséquilibre de l’apport alimentaire journalier. Le Niger a enregistré un taux de malnutrition aigüe globale de 14,8% selon l’OCHA (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs ou Bureau de la coordination des affaires humanitaires), ce qui est assez proche du seuil d’urgence de 15% défini par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et dépasse de loin son seuil d’alerte de 10%. Même si ces statistiques datent de 2014, il est important de savoir que les cibles restent valables pour les années 2014, 2015 et 2016, car les études de l’International Food Policy Research Institute (IFPRI) en collaboration avec le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont démontré que « dans un environnement à chocs récurrents, il faut au moins 3 ans pour donner la chance à un ménage très pauvre de se remettre».

Pourquoi le Niger s’enlise dans une telle crise?

Sur ce point je donne une appréciation personnelle pour avoir été aussi acteur dans ce domaine.

Je me souviens qu’en tant que partenaires du PAM nous étions régulièrement convoqués à des réunions. En effet le PAM est comme une grosse entreprise qui recrute des partenaires (d’autres ONG, souvent locales) afin de les faire sous-traiter des programmes de prise en charge de cas de malnutris. Et évidemment il est assez courant que certains partenaires sèchent fréquemment ces rendez-vous. La plupart de ces partenaires absentéistes ne font pas du bon boulot sur le terrain. Pour moi, le plus gros problème qui entrave la bonne marche des activités nutritionnelles est fortement lié à la fiabilité des données collectées et compilées sur le terrain par les partenaires coopérants du PAM mais aussi de l’engagement réel de ces partenaires à vouloir faire changer les choses au Niger.

En zone rurale, la vie est quotidiennement rythmée par des enquêtes de vulnérabilité.
Pour la nutrition, il faut effectuer un dépistage de masse tous les mois, ce dépistage est généralement assuré par des relais communautaires qui sont des groupuscules de villageois chargés de procéder à l’identification des enfants malnutris et des femmes enceintes et allaitantes.
Cependant, dans les faits, certaines ONG ne réalisent qu’un dépistage tous les trois ou quatre mois (au mieux), aussi les relais communautaires se plaignent régulièrement qu’ils ne sont pas rémunérés à la hauteur du montant prévu par le PAM.
Certaines ONG partenaires ne recrutent pas de nutritionniste, et même dans le cas où cet agent est recruté, il n’est pas suffisamment compétent pour renseigner les différents registres au niveau des CSI (Centre de Santé Intégré), généralement par manque de formation, et lui aussi n’est pas rémunéré selon le protocole signé avec le PAM. Même si certains partenaires accusent ce dernier d’avoir prévu une rémunération trop faible, qui empêche donc de recruter un personnel qualifié…

Et la malnutrition progresse, parce que les partenaires sont incapables de faire respecter les rations alimentaires dans les centres de santé par manque de mesurettes ; des centres qui ne reçoivent souvent ni registres, ni cartes de ration de la part des partenaires ou alors en retard. Les rapports sont aussi transmis en retard au PAM et avec beaucoup d’insuffisances, vous avez des partenaires qui n’ont pas de système d’archivage des rapports mensuels validés, la gestion des stocks de certains est tout bonnement catastrophique.
Il y en a même qui vendent sur le marché des tonnes de suppléments nutritionnels destinés aux enfants souffrant de malnutrition.

Je dis qu’il existe un profond manque d’implication de certains intervenants dans ce secteur.
Plongez le Niger dans la complexité du monde et vous avez un pays disposant du plus fort taux de fécondité au monde, un pays avec le plus faible Indice de Développement Humain (IDH), un nombre de malnutris critique, des valeurs nouvelles qui émergent à une vitesse surprenante. En plus de tout cela, on assiste à des phénomènes tels que la dépendance de l’étranger qui augmente, la qualité de l’éducation qui se dégrade, le milieu naturel qui se détériore et le terrorisme qui s’invite dans ce contexte.

Ce pays est une mosaïque d’« histoires parallèles à vitesse différente » (Fernand Braudel).

Et le nombre important d’ONG en activité, que vaut-il ?

Le nombre ne signifie pas grand-chose s’il n’y a pas une bonne coordination qui suit derrière. Souvent, on a l’impression que ces ONG sont en concurrence avec elles-mêmes.
Graziella Godain, de Médecins sans Frontière, avait déclaré lors du Tsunami indonésien de 2004 que : « Nous sommes face à un vrai paradoxe : la multiplication des initiatives rend de plus en plus difficile le travail sur le terrain. […] C’est la course à la visibilité : des ONG veulent montrer à leurs donateurs qu’elles font bien quelque chose de leur argent ».
C’était en effet la première fois que la plupart des ONG avaient suffisamment de moyens pour exécuter leur projet sans devoir s’associer avec d’autres.
La coordination, qui est trop souvent une contrainte économique, disparaît.
Désormais, chaque ONG garde ses informations pour préserver sa part dans cette sorte de « marché humanitaire » tandis que l’efficacité globale de l’aide diminue.
Je ne dis pas qu’il y a trop de fonds pour ces acteurs, mais je pense que les acteurs et leurs partenaires doivent se réorganiser.
C’est quand même surprenant d’observer deux ONG qui exécutent le même projet dans une même localité, non ?!

🙂

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