Internet en Afrique, l’accès le plus cher du monde

Au Niger, plus de la moitié de la population vit avec moins de deux dollars par jour, et pour un dollar (à peu près 500F CFA) vous avez moins d’une heure d’internet sur Facebook. Je ne sais pas vous, mais moi chaque fois que je me connecte mon cœur bat presque aussi rapidement que les datas s’écoulent 🙂 Alors les vidéos, les heures de recherches sur internet, les cours en ligne, le gaming, etc… Bah on oublie tout ça! 😮
Internet constitue pour l’Afrique une énorme ouverture sur le reste du monde et demeure un outil incontournable pour le développement de l’économie numérique mais aussi un important instrument de participation de la société civile au débat politique. Grâce à internet, il devient désormais possible et facile d’exprimer ses opinions sur n’importe quel sujet tout en touchant un public très large, voire mondial.

Mais voilà, l’engouement que suscite cet élixir d’information est en train d’être plombé par son coût, assez élevé, sur certaines zones du continent développant de fait un climat de fracture numérique.
En effet, les résultats de l’Indice de développement des TIC (IDI) pour l’année 2015 font clairement apparaître les mauvaises performances des pays africains, seuls l’Ile Maurice (5.22) et Les Seychelles (4.97) obtiennent une note supérieure à la moyenne mondiale (4.77). L’écart devient encore plus marqué à mesure que l’on s’enfonce dans l’Afrique au sud du Sahara avec un indice de 1.03 pour le Niger (165èm sur 166 pays classés). Trois quart des pays de l’Afrique subsaharienne sont classifiés parmi les nations les moins connectées de la planète, soit 29 pays sur 38.
En 2015, 29% des Africains sont des internautes ; mais ce taux est largement dominé par les pays du Maghreb qui profitent d’une pénétration d’environ 50%, contre à peine 2% pour certains pays d’Afrique noire, ce qui est largement en deçà des 20% considérés comme seuil critique si une économie aspire à bénéficier des avantages qu’offre un investissement conséquent dans le haut débit.

“Il y a un fossé croissant entre ceux qui sont capables de se connecter facilement sur le marché mondial ; et ceux qui restent hors de lui. Pour ceux-ci, un grand nombre d’opportunités sociales, économiques et politiques sont inaccessibles”
Mark Graham

Qu’est-ce qui explique des tarifs aussi hauts, les plus élevés au monde ?

D’abord des causes techniques :

  • Primo, parce que plus de 80% de l’accès internet est assuré par des connexions satellitaires coûteuses fournies par les États-Unis et l’Europe. Je ne vous dis même pas combien ça coûte pour faire changer l’ange d’un satellite. 🙂
  • Deuxio, parce que les câbles sous-marins servent d’abord les pays côtiers et les lignes ne parviennent pas à l’intérieur des terres africaines. Ces câbles réduisent le temps de latence dans la transmission des données, ils sont aussi très importants pour la vulgarisation de l’ADSL (Asymmetric Digital Subscriber Line) ou l’internet haut débit fixe, moins onéreux que l’internet mobile, qui n’a malheureusement enregistré qu’un taux de pénétration de 0.5% en 2013 sur le continent. Dans la même année, 99% du trafic intercontinental des données transite sous les océans et l’année suivante on comptait dans le monde 263 câbles sous-marins reliant les continents entre eux. L’Afrique en possède une dizaine dont le WACS (West African Cable System) avec ses 14 points d’atterrissement dont 12 sur les côtes ouest-africaines et 2 en Europe (Portugal et Angleterre).
    Vous trouverez sur ce site une cartographie complète et en temps réel de tous les câbles sous-marins de la planète ainsi que leurs différents points d’atterrissement.
  • Tertio, quand vous envoyez un mail à votre voisin, celui-ci effectue un voyage de plusieurs milliers de kilomètres dans divers serveurs localisés quelque part entre le continent américain, la Corée du Sud, la Chine, etc… avant d’atterrir dans la boite mail du destinataire. Tous ces transits créent des coûts supplémentaires en plus d’une réponse relativement longue en termes de Ping (Packet INternet Groper), une sorte de délais de transit. Ceci est possible parce que l’Afrique ne dispose pas de suffisamment d’IXP (Internet Exchange Point, ou point d’échange internet) fonctionnels. Un IXP est une infrastructure physique permettant aux fournisseurs d’accès internet d’échanger du trafic sans sortir des limites géographiques d’une zone donnée, autrement dit quand vous envoyez un mail il n’effectuera plus de périples entre l’Asie ou l’Amérique : l’envoi sera désormais localisé et géré dans la zone définie par le protocole. Ainsi, ces infrastructures contribuent à rendre l’accès internet moins cher et plus rapide.

L’absence d’internet fixe nous oblige à recourir aux larges bandes mobiles, c’est-à-dire tous les moyens de connexion sans fil à haute vitesse tels que les modems, les smartphones, etc… dont les services sont de loin les plus chers et posent souvent un problème d’allocation des ressources radios (fréquences allouées) au niveau gouvernemental. En 2014, le taux de pénétration des larges bandes mobiles était proche des 20% alors qu’il était de moins de 2% en 2010. Ce nombre croissant d’objets connectés nécessite l’adoption du nouvel système d’adressage, en l’occurrence l’IPv6 (Internet Protocol version 6). Mais à ce jour, plus de 90% des adresses IPv6 ont été enregistrées en Égypte et en Afrique du Sud, ce qui pose de potentiels problèmes de sécurité.

Ensuite des causes politiques :

En Afrique les organes de régulation ne se soucient pas tellement du consommateur. Les quelques opérateurs présents font la pluie et le beau temps. Le manque d’engagement des gouvernements africains pourrait à terme restreindre l’accès à internet sur tout le continent. Très peu de gouvernements investissent pour se connecter aux câbles sous-marins, même s’il est clair que certains pays comme le Niger ont des priorités plus « importantes » à gérer (malnutrition, crise des réfugiés, …). Malgré tout, je crois que nos pays ne doivent pas louper cette transition vers le numérique au regard de toutes les possibilités d’avenir qu’il offre. L’absence de régulation a conduit des pays comme la République Démocratique du Congo dans un cafouillis tel que les utilisateurs, excédés par ces hausses spectaculaires du prix de l’internet (jusqu’à 500% dans certains cas), ont dû sortir et exprimer leur mécontentement en organisant un rassemblement nommée «Nuit debout ».

Mais bon! tout ceci est bientôt fini ,car un de ces jours les Mondoblogueurs feront signer une pétition à des millions d’internautes afin de presser les opérateurs pour une réduction du prix de la connexion internet sur mon continent! 😉

4 Commentaires

  1. C’est vraiment difficile pour nous encore en Afrique de disposer de la connexion internet de qualité et à moindre coût. Mais les choses arrivent petit à petit…on espère que la situation s’améliore 🙂

  2. Merci beaucoup pour votre blog. C’est plein de l’information d’une culture et une région dont je ne connais pas du tout. Je suis un prof aux États-Unis et je suis en train de parler des portables et l’internet dans le monde, spécifiquement aux pays où on parle français. Je veux que mes élèves soient au courant du monde entier, pas juste de nos quartiers. Je veux utiliser ce post si vous me permettez. En donnant tous les crédits à vous, bien sûr.

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